CHRONIQUES
Des réflexions, des humeurs ou simplement quelques lignes comme elles nous viennent, pour vous parler de la maladie mais plus largement de la vie avec un enfant handicapé, des difficultés, des peines, des joies, des peurs, tout ce qui nous accompagne, nous entoure et constitue simplement notre vie avec Maureen, une réalité qui n'est en aucun cas une vérité, ...



Hermétique(s) ... mais pas trop.
Publié le 4 mars 2014


Ce n'est pas la première fois que les mots d'Yves, le papa d'Augustin, traduisent des sentiments déjà ressentis chez nous aussi. Normal, nous partageons les mêmes problématiques. Récemment j'ai donc été "réveillé" par sa dernière chronique qui évoque un sujet auquel je pensais depuis longtemps. Voici donc ce que ça m'inspire à mon tour …


Mon regard sur la vie, sur les autres, s'est transformé. Depuis longtemps nous ne pleurons plus sur notre sort. Ca c'était avant. Au début. Nous étions chamboulés, bouleversés, presque traumatisés, et puis le temps a lentement fait son affaire, et nous avons peu a peu repris des forces. Une progressive mutation nous poussant à devenir « forts », « résistants » et plein de cette petite chose que les gens appellent « courage »... Avec le temps nous nous sommes endurcis aussi. Nous parlons de la maladie, de la souffrance et même de la mort avec un certains détachement apparent qui parfois peu déranger. Oui, ça dérange. Qui peut parler librement de la mort prochaine de son enfant … Pourtant c'est ce qu'on fait. Pas tous les jours, mais quand même...
A cela, s'ajoute une attitude désormais constante, celle qui nous amène à ne presque jamais broyer du noir. Le plus dur est déjà arrivé : Maureen est touchée. Une fois l'indigeste arrête avalée, nous ne pouvons plus courber l'échine face à une vie qui poursuit son long travail de sape. Nous devons donc avancer dans une dynamique positive ! La vie est belle, et chaque instant apporte son lot de joies, de bonheurs, de plaisirs, si tant est que l'on sache les percevoir. C'est ainsi, nous avons appris à voir la vie autrement. Il en faut désormais peu pour être heureux.

Pourtant, malgré les avantages que vous imaginez (il est bon de percevoir du positif à chaque coin de rue !), cela n'est pas sans conséquence. Car chaque jour autour de nous, la moindre remarque mal placée nous heurte, nous importune, fait d'autant plus echo. Nos regards devenus différents perçoivent bien trop les mots alentours, ces maux qu'Yves, le papa d'Augustin, appelle « les drames des autres », aussi petits soient ils. Et que ces mots sont souvent noirs !
Sommes-nous devenus hermétiques, imperméables, froids ou trop réactifs ? Est-ce un blindage, une carapace, une mise à distance volontaire ? Une chose est sûre, nos oreilles sur-réagissent aux apitoiements mal à propos.
Pourtant à chaque fois, on ne dira rien. Pas une réaction, jamais. Pas une remarque déplacée, pas un commentaire... Mais l'on n'en pensera pas moins. On aimerait dire « De grâce, arrêtez de vous apitoyer ? Tant de jérémiades pour de si petites infortunes ? »... Mais on ne le dit pas, juste on le pense et aussitôt on s'en veut de l'avoir pensé. Car chacun a ses douleurs, ses doutes, ses tourments, chacun a sa vie difficile, et il n'est sûrement pas bon de hiérarchiser les malheurs quel qu'ils soient.

Foutue carapace, je t'en supplie, ne nous fait pas perdre la capacité à écouter les autres, la compassion ou le soutien qu'on nous demande. Car du soutien, nous en recevons tant ! Restons à l'écoute les uns des autres. Hermétique(s) … mais pas trop.

En complément de cette chronique je partage avec vous un célèbre poème à (re)lire, et sur lequel il serait intéressant de s'arrêter ne serait-ce qu'un instant : ICI.

A bientôt.

-M-